Mois : août 2015

Beautés végétales au temps des récoltes

Clins d’oeil sur quelques-unes des magnifiques créatures végétales qui triomphent actuellement dans mon potager.

Cosmos

Cosmos bipinnatus.

Les fleurs et les herbes resplendissent !

Thé des bois, fraises alpines, pensées sauvages.

Mon objectif est d’arriver à nourrir ma famille par mes efforts horticoles.  Je souhaite aussi, quand c’est possible, puiser dans mon jardin ce qu’il faut pour soigner et prendre soin de ma meute – et de moi-même.

Corde à herbes.

Corde à herbes – avant le séchage.

Alors la semaine terminée, je récolte et fais sécher quelques plantes pour concocter des «potions» aux herbes – médicinales ou aromatiques : huiles, onguents, etc. L’hiver s’en vient!

Grandes capucines – Tropaeolum majus.

Les plantes médicinales font partie des apprentissages de mon diplôme en production horticole.

J’expérimente… À suivre!

Les vaches, les tomates et la joyeuse catapulte

Je suis catapultée.

Une «pousseuse de crayon» catapultée sur le plancher des vaches. Le vrai plancher des vaches, celui qu’elles broutent et fertilisent de leurs excréments. Un univers exotique quand je pense à celui que je connais. Je voulais changer de décor? Mission accomplie!

Je ne sais pas si vous connaissez la région de l’Estrie, plus précisément celle de Coaticook – que je fréquente maintenant comme étudiante. Si ça n’est pas le cas, sachez que ces territoires sont d’authentiques fresques agricoles. La route vers mon école, les visites de fermes, mon quotidien dans les serres et les jardins du centre de formation  offrent à mes sens moult matière à se réjouir quotidiennement. Même si nous sommes en période d’épandage du fumier dans les champs.

Les vaches

J’ai de nouvelles copines de cour d’école, parmi lesquelles quelques vaches. Chaque matin, je salue le mini troupeau de ruminantes. Ces vaches et leurs petits sont les protégés du personnel et des étudiants en production animale.  Je ne les connais pas (encore) personnellement; ce que je sais, pour l’instant, c’est qu’elles se comportent de manière particulièrement relaxe et que ça m’inspire énormément.

Les vaches dans les champs du CRIFA, mon école, à Coaticook.

Les vaches dans les champs du CRIFA, mon école, à Coaticook.

Catapultée, aussi, sur les chaises carrées des classes, que je n’avais pas revues depuis 16 bonnes années. Du temps où j’étais étudiante et que je ne savais pas ce qu’était le métier de parent; du temps où il n’y avait que moi dont il fallait prendre soin.

Parlant du métier de parent. C’était le deuxième jour de mon «coming in» scolaire, et notre première visite de ferme. Sur le chemin qui nous menait à l’Arpenteuse, j’ai eu une première jasette avec des camarades de classe. On faisait le tour des âges des uns et des autres et l’un d’entre eux m’a fait remarquer que j’étais plus vieille que ses parents. Ce qui était vrai pour d’autres également.

Je n’avais pas réalisé que j’étais la plus âgée du groupe. Ouch.

Je ne suis pas de la même génération que la majorité de mes 17 collègues de classe. Quelques-uns ont moins de 20 ans; plusieurs sont dans la vingtaine; et ceux qui figurent dans la trentaine sont comptés sur les doigts d’une main. Je savoure cette différence d’âge parce que, notamment, nous partageons le même état d’esprit face aux questions sociales que sont l’alimentation et l’exploitation des ressources naturelles : il faut agir autrement.

Avec eux, j’arrive à me faire une idée plus concrète du métier. Les visites de fermes maraîchères et les rencontres avec les producteurs finissent de me convaincre d’une chose : être fermier producteur, c’est un mode de vie. Les serres que l’on déneige pendant la nuit, les récoltes décevantes, les grêlons gros comme des balles de golf qui détruisent des mois de travail ne suffisent pas à décourager ceux pour qui l’agriculture est un parcours, pas une destination. Une manière de vivre selon des valeurs, des besoins et des convictions, un parcours qui exige des masses de connaissances et de débrouillardise. Et lorsque la récolte est au rendez-vous, c’est le savoir, l’organisation et la persévérance de ces travailleurs à tout faire qui sont saluées. Après la généreuse collaboration de mère nature, bien sûr.

Les tomates

Je n’ai jamais cotoyé autant de tomates en si peu de temps.

D’ailleurs, une bonne partie de ce que j’apprends dans mes cours d’identification végétale et de botanique – deux des 35 compétences du programme- est investie directement dans mon propre potager, qui regorge entre autres de tomates rondes… et vertes. L’automne s’approche à petits pas et, pour remplir au max nos paniers de tomates rouges et souples, il faut encourager les plants à investir les énergies qu’il leur reste dans le mûrissement des fruits. Comment?

Ce que j’ai appris, grâce à Super Andrée, notre enseignante en botanique : simplement, couper la tête des plus hautes tiges. La plante cessera la production de nouveaux tissus et se consacrera à la fructification. La procédure optimale implique aussi d’enlever les fleurs qui, vraisemblablement, ne pourront se développer adéquatement d’ici au premier gel, prévu généralement autour du 7 septembre. Les énergies devraient toutes être dirigées dans l’épanouissement des tomates. Savoureuse solanacée, cette reine des potagers québécois dont la simple pensée, l’hiver venu, aide parfois les «jardineurs» -dont je suis- à tenir jusqu’au printemps.

Vue sur un champ de la ferme-école du CIARC, à partir d'une serre remplie de plants de tomates.

Vue sur un champ de la ferme-école du CIARC, à partir d’une serre remplie de plants de tomates.

La joyeuse catapulte

 Je voulais aller jouer dehors? Je suis servie!

Des heures passées dans les champs, à discuter avec les paysans et à observer l’organisation des productions, en serres ou en sols. Des cours entrecoupés de sorties dans les jardins et potagers de l’école pour observer, identifier, dénicher des feuilles de forme oblongue (j’apprends qu’il y a plus de 20 façons de décrire la forme d’une feuille végétale) ou des tiges de type acaule (des plantes qui, justement, n’ont pas de tige, autre partie de la plante elle-même divisée en six parties). Ou encore, une toute première balade en tracteur sous un soleil de canicule, expérience quelque peu redoutée du fait que dans ta famille, un tracteur, traditionnellement, ça se chauffe par des gars et qu’il n’y a pas trop de temps à perdre à montrer à une fille comment on chauffe ça.

Je suis très attentive dans mes cours de conduite et d’entretien mécanique de tracteurs. Pour la première fois nous avons sorti des tracteurs du garage pour des exercices dans la cour derrière le pavillon. Les quatre conducteurs volontaires pour mener les tracteurs jusqu’au terrain étaient tous des garçons. Après le cours, quand fut le temps de rentrer les tracteurs au garage et de les garer à reculons, au milieu des 10 autres tracteurs et véhicules de toutes tailles, trois conducteurs volontaires sur quatre étaient des filles. Photos à venir. J’ai déjà hâte à mon cours de soudure.

Joyeusement et de mon plein gré d’adulte consentante, je suis catapultée dans la peau d’une apprentie agricultrice, le temps d’une année complète de production. Je ne sais pas où j’atterrirai, mais mon petit doigt me dit que ce devrait être quelque part pas trop loin des champs.

Mon aventure agricole

Hein? Tu vas faire quoi?

Quand je raconte ce que je fais pendant mon congé sabbatique, plusieurs personnes réagissent comme si elles avaient manqué un bout de mon histoire. Alors je reprends mes explications et je hausse un peu la voix pour être certaine, cette fois, qu’elles m’aient bien entendue.

Je retourne à l’école.

-Ah bon? Tu vas faire ton doctorat?

Non. Je fais une formation professionnelle. Un DEP en production horticole. Pendant un an. Toute mon année sabbatique.

Hum! Tu changes de carrière?

-Non. Sais pas. Je prends le champ.

Oui, je prends le champ. Au propre comme au figuré.

Je veux utiliser mes bras

Depuis toujours, je travaille avec les mots. Les mots rédigés, les mots parlés, les mots imprimés, les mots enregistrés, les mots diffusés. Le temps passe et puis, petit à petit, les mots se répètent. Après 10 années passées dans le monde des communications institutionnelles, je suis fatiguée. Fatiguée de faire jongler mes neurones avec des concepts et des idées, dont les produits seront d’autres réalisations abstraites, productions dont l’existence reposera entièrement sur la réalité du virtuel. Fatiguée de rouler, chaque matin, vers cette boîte rectangulaire dans laquelle je vais m’asseoir et passer les sept prochaines heures à revivre, grosso modo, les mêmes situations. Je veux pouvoir poser mon regard plus loin que les 30 cm qui me séparent de l’univers communicationnel contenu dans cet écran (de fumée?) que je scrute toute la journée. Me demandant lequel, de l’humain ou de la machine, mon travail contribue au développement.

Vivement que je décolle de cet ordinateur. J’ai besoin de m’étirer, de déplier mes poumons recroquevillés, de reposer mon cou. Un besoin d’autant plus urgent que le seul fait de poser mon arrière-train sur une chaise pendant sept heures est rigoureusement aussi néfaste pour la santé que l’usage quotidien de l’alcool et du tabac.

Je veux utiliser mes bras. Produire quelque chose de concret. Quelque chose que je pourrai tenir entre mes mains, comme le fruit de ma vaillance à l’ouvrage, produit que je pourrai humer et partager.

La quarantaine bien entamée, au mi-temps de mon existence, je n’ai aucune envie de demeurer assise le reste de ma toujours plus courte vie professionnelle. Comme une urgente envie d’aller ressentir le plancher des vaches. «Ma grande, je me suis dit, change de décor. Va jouer un peu dehors.»

-Pourquoi l’horticulture?

D’abord il y a le silence. La délicatesse, l’apparente lenteur du règne végétal. Lorsque, après la pluie, je plonge mes mains nues dans la terre de mon potager et que je me remplis des parfums de l’air mouillé, quelque chose en moi se calme. On dirait que mes mouvements s’accordent au rythme des plantes qui s’élèvent. Lorsque je vois que l’une d’entre elles, que j’ai vue germer et naître, arrive à rester debout et à ne pas rompre devant la pluie et les vents, je comprends que j’y arriverai aussi. Je crois que mon jardin prend soin de moi autant que je le fais pour lui. Parmi les buttes de terre et le chant des oiseaux, penchée à quelques centimètres au-dessus du sol, j’arrive parfois à un état méditatif tel que j’en oublie le repas à préparer, ce que mes deux fils ne cessent pourtant de me rappeler.

-Maman! J’ai faim!

Manger. Un besoin vital, un geste qui pourrait être banal s’il n’engendrait pas autant de malaises et de contradictions dans mon quotidien, particulièrement depuis que je suis maman. C’est aussi pour répondre au souhait de mieux nourrir ma famille et pour alléger mes préoccupations alimentaires que j’entreprends mon aventure agricole : à terme, j’aimerais produire ma propre nourriture, mes propres végétaux, du moins ceux que j’arriverai à cultiver chez moi. Cela est le sujet d’une prochaine chronique, car c’est une histoire en soi!

Pour l’instant disons simplement que j’observe un mouvement d’hommes et de femmes qui, tout comme moi, ressentent concrètement, quotidiennement ce lien rompu avec la nature, et qui souhaitent mettre en place des systèmes qui soient plus près de leurs besoins et de leur environnement naturel. Fondamentale dans notre société, dans notre économie et notre environnement, la scène agricole se transforme, un geste à la fois, par ces personnes déterminées à donner du sens au travail qu’elles exercent et à la nourriture dont elles se nourrissent. Pour répondre à la demande toujours grandissante de produits bios et locaux, notamment, de petits producteurs, seuls ou en groupes, font émerger 1000 alternatives aux modèles existants : agriculture urbaine, agriculture soutenue par la communauté, agriculture de proximité, agriculture de petite surface, agriculture permaculturelle, etc. En cette ère internationale d’austérité et du tout à l’économie, il n’est pas question que je reste assise à l’intérieur, près de ma fenêtre, pendant qu’à l’extérieur, dans les champs et dans les villes, une véritable révolution prend racine.

Voilà en partie ce qui explique que je me retrouve dans les champs. Cette aventure, ces apprentissages horticoles, je les vivrai aussi avec mes yeux et mes oreilles de journaliste, avec la complicité de mon amie Josée, illustratrice. En compagnie des autres inscrits au programme -des individus de tous âges et de tous horizons- j’apprendrai à identifier les végétaux et leurs maladies, à conduire un tracteur, à gérer du fumier et des engrais. Les mains dans la terre, je passerai de longues heures dans les serres et la ferme de l’école. À travers mes stages, je rencontrerai des acteurs de cette «révolution arable», des gens imaginatifs, passionnés, et je témoignerai de leurs réalités. Il y aura des moments de découragement, des questionnements, je ferai des gaffes. Bien ancrée sur le plancher des vaches, je vivrai l’aventure et apprendrai mille et une choses que je partagerai sur ce blogue.

Envie de prendre les champs avec moi?