Mois : septembre 2015

Le zucchini, c’est bien meilleur le matin

On dit que la nécessité est la mère de l’invention. Depuis que je fais mon potager, j’arrive à la conclusion que l’invention a certainement une deuxième mère :  l’abondance. Quand elle se pointe, l’abondance, il faut la gérer. Sinon, c’est gaspillage de temps et de ressources infinies.

Ce joufflu de beau zucchini prospère encore et toujours dans mon potager cet été. Et ça n’est pas n’importe lequel : le zucchini Jewel Green, dont le profil s’apparente davantage à celui de la poire qu’à celui de la fine et longue courgette. Une belle courge d’été développée en Corée du Nord pour la culture en serre d’hiver.  Le Jewel Green tolère bien les faibles températures et le peu de lumière.

Autrement dit : mes zucchinis poussent plus vite que je peux en manger et je m’attelle à trouver des façons autres de les honorer, mis à part les courgettes gratinées ou les pâtes aux légumes grillés.

Zucchini « Jewel Green » à gros propotin.

Alors si comme moi vous adorez les courges mais aspirez à casser la routine, voici deux recettes simples que j’ai concoctées au fil des années. Elles font généralement de beaux succès culinaires, auprès des petits comme des grands.

Oeufs brouillés au zucchini

3-4 oeufs
1/2 tasse de zucchini râpé
Une gousse d’ail
Herbes salées du St-Laurent
Huile d’olive
Eau bouillante
Fromage au goût

Battre les oeufs et incorporer 2 à 3 cuillères à table d’eau bouillante. Assaisonnez au goût avec les herbes salées. Mettre de côté et faire revenir l’ail et le zucchini râpé dans la poêle chauffée avec l’huile d’olive. Quand les légumes commencent à caraméliser, ajoutez le mélange d’oeufs. Racler doucement le mélange avec une spatule de bois jusqu’à ce que le mélange épaississe mais reste un peu baveux. Ajouter du fromage si désiré.

Muffins au zucchini et fleur d’oranger

1 1/2  tasse de farine de blé entier
1 c. à thé de poudre à pâte sans alun
1/2 c. à thé de bicarbonate de soude
1/4 c. à thé de sel marin
1/2 tasse de noix au goût
1 tasse de zucchini râpé
1/2 tasse de banane en purée
2 œufs battus
1/4 tasse de miel
1/2 tasse d’huile de tournesol
1 c. à thé de jus de citron
1 c. à soupe d’eau de fleur d’oranger

Mélangez les ingrédients secs et les noix. Dans un autre récipient mélangez le reste des ingrédients liquides. Incorporez le mélange des liquides avec le mélange sec, d’un seul coup, et brasser pour bien humecter, sans plus. Mettre dans les moules à muffins. Cuire au four à 400 degrés F de 15 à 20 minutes. Se congèlent très bien.

Bon appétit!

 

 

Les filles et les tracteurs

Pour commencer, on va se dire les affaires de la vraie vie : les tracteurs, c’est une affaire de gars.

C’est un fait observable et mesurable partout sur la planète : les engins à moteur intéressent principalement les hommes. Le sexe masculin a toujours monopolisé la sphère «tracteurienne», s’accaparant du même coup une portion essentielle des activités agricoles. Les femmes, pour leur part, travaillant dans les champs et assumant silencieusement le vaste domaine domestique.

Je parie que, dans un futur pas si lointain, les livres d’histoire du Québec écrirons, dans la première partie du chapitre portant sur l’agriculture : «Il en fut ainsi des rôles respectifs des hommes et des femmes en agriculture, jusqu’aux années 2010.»

Un monde -et des sièges- à repenser

Parmi les 35 compétences à acquérir pour décrocher mon diplôme d’études professionnelles, il y a la maîtrise des bases de la mécanique, de la soudure, le montage de serres, l’entretien de bâtiments de ferme et, bien sûr, la conduite et l’entretien de tracteurs. Une fois par semaine, mon petit groupe et moi-même nous retrouvons dans le grand garage pour notre cours de tracteurs, toutes catégories et grosseurs confondues.

Cours de conduite de tracteur.

Cours de conduite de tracteur.

Lors du dernier cours, j’ai interpellé l’enseignant : malgré ma bonne volonté, je n’arrivais pas à ajuster «à ma mesure» le siège de l’un ou l’autre des tracteurs disponibles.

-Je suis plutôt petite.

-Tu n’es pas petite, répond l’enseignant. Tu es une personne de taille normale. Ce sont les tracteurs qui ne sont pas adaptés.

Enseignant en production horticole depuis plusieurs années, Renaud-Pierre Boucher pense que les fabricants de tracteurs auraient tout intérêt à adapter leurs produits – dont leurs sièges- aux profils physiques des femmes, généralement plus menus que leurs collègues masculins. La culture agricole québécoise, dit-il, s’apprête à vivre de grands bouleversements.

Femmes effectuant des travaux agricoles. Abitibi, 1935.

Femmes effectuant des travaux agricoles. Abitibi, 1935.

-Nos classes comptent de plus en plus de filles. Même en production animale, elles forment 50% des inscrits. L’agriculture manque de relève et les femmes souhaitent être au rendez-vous. Pourtant, certaines élèves n’ont toujours pas le droit de conduire les tracteurs sur la ferme familiale qu’elle s’apprête à reprendre, même si elles sont majeures et vaccinées. Le père ne veut pas. Ces hommes n’ont pas le choix de changer.

Devant les performances académiques des hommes, qui sont significativement inférieures à celles femmes, Renaud-Pierre s’efforce de conscientiser les mâles.

-Je dis aux jeunes hommes qui sont devant moi : «Déniaisez-vous! Vous êtes dans votre zone de confort mais bientôt les filles vont gérer les fermes du Québec. Ne dites pas ensuite que vous n’avez rien vu venir!»

De toutes les filles qui partagent les bancs d’école avec moi, aucune n’a l’intention de faire un X sur un emploi ou quelque projet de ferme que ce soit qui exigerait d’opérer de la machinerie agricole, toutes catégories et grosseurs confondues.

Parce que nous, les tracteurs, ça nous fait pas peur.

Marilyn, camarade de classe, en plein contrôle de son volant.

Savez-vous récolter des choux?

Certains ont des cours de conduite automobile, d’autres prennent des cours de salsa. Moi, c’est les cours de récolte. Je n’étais pas consciente, je crois, que cela s’enseignait. Or il y a matière à disserter pour chacun des légumes et autres végétaux produits. Les critères d’une récolte efficace et optimale concernent tous, de près ou loin, la capacité de la plante à «demeurer vivante» une fois séparée de ses racines nourricières.  C’est à travers cet objectif général que les producteurs décident du moment de la récolte. Il faut aussi adopter une méthode de récolte, prévoir la façon de refroidir et de disposer ensuite des végétaux,  jusqu’au transport ou la vente, avec ou sans la collaboration de dame nature.

C’était donc jour de récolte. Direction : Compton, dans un grand champ de choux qui attendaient impatiemment d’être moissonnés. La chaleur forte des derniers jours a causé la rupture de plusieurs choux et il est temps pour les producteurs de cueillir les fruits de mois de travail.

Chou Farao

Chou Farao

Les choux que nous avons récoltés sont des choux d’été – j’apprends qu’il y a les choux d’été et les choux d’hiver. La différence? Les premiers se conservent quelques jours alors que les seconds, placés dans de bonnes conditions, survivent pendant des mois, soit jusqu’aux grands froids de janvier et février (la saison des soupes chaudes). En somme, le chou d’hiver est considérablement plus patient que le chou d’été, qui fut l’objet de nos travaux. Le nôtre a un nom : le chou Farao, produit en culture biologique, doux et très bon apprêté cru.

Mais qu’adviendra-t-il de ces 15 caisses (de quelques centaines de kilos chacune) de pauvres choux que nous avons arrachés de leur champ à grands coups de petites machettes, me demandez-vous? En route pour une biofermentation, en vue de produire de la choucroute. Bientôt sur vos tablettes d’épicerie.

Le vent était bon à la pause de midi.

Le vent était bon à la pause de midi.

La journée était chaude et humide et c’est avec le sourire que nous avons accueilli le vent et les nuages pour une bonne partie de la journée. L’air était bon à la pause du midi!