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Le coeur a ses raisons : la neige, l’ail et les fraises

Hier, samedi 17 octobre, c’était premier jour de neige dans ma ville estrienne.

Neige grésillante, neige fondante, neige abondante. Quand le gris du ciel est passé au bleu, puis au noir, quand la lune a montré un coin de son croissant derrière les nuages, j’ai décidé de rentrer. C’est bien beau le potager mais il faut aussi nourrir la meute.

Apparemment, maman loup avait quitté la tanière depuis trop de jours et les louveteaux avaient envie de la voir aux fourneaux. La louve était partie écouler ses derniers jours de stage à Kamouraska, dans un magnifique lieu, La société des plantes. Une fière et dense communauté de diversité végétale patiemment aimée et entretenue par l’artiste semencier Patrice Fortier. Une histoire que je raconterai au cours des prochains jours.

Bref, il fallait nourrir la meute mais il fallait aussi que je plante mon ail. La neige est au rendez-vous, le thermomètre oscille maintenant autour de zéro, la terre progresse lentement mais sûrement vers le froid et le gel. Tardif, donc, pour la plantation de l’ail, mais pas encore trop tard. Puis j’avais juste quelques cailleux à planter.

Ail : potagersante.com

Je me suis installée près du coeur. Celui que j’ai aménagé au printemps pour y mettre les fraises alpines. Les fruits qui abondaient hier encore ont été tournés en compote par ce premier gel. Les polyphénols contenus dans l’ail que je sème près des fraisiers devraient injecter d’intéressants arômes aux petits fruits rouges et blancs que je goûterai l’été prochain.

fraises soucoupe

Fraisiers alpins : fermeterredabondance.com

Les nuages avaient disparu, la lune m’éclairait du bon bord. J’ai planté mon ail sous une pluie de flocons. Aujourd’hui, un an après avoir décidé de prendre les champs, je me jase ça silencieusement, près du coeur, et je me dis que je suis heureuse. Le plus dur, souvent, est de mettre le pied devant. Après, il n’y a plus de choix possible, il faut avancer. C’est la seule façon de rester en équilibre.

800px-Gaura_lindheimeri_Whirling_Butterflies

« Gaura lindheimeri Whirling Butterflies » by JJ Harrison (jjharrison89@facebook.com) – Own work.

Au centre du coeur, j’ai ajouté trois gauras, pour leur grâce et la pollinisation. L’ail planté, la lune saluée, je suis rentrée et tout en préparant à manger, je me suis dit : à force de me planter, je vais devenir une fleur. Comme les végétaux, j’ai besoin des autres autour de moi pour m’adapter à mon environnement, survivre et croître. Cachées sous la terre, enfouies dans des sourires, des zones complètes de la vie des êtres sont exposées les unes aux autres, échangeant, quelque part entre leurs racines, eau, nourriture et empathie.

Merci la vie pour les espèces rares et généreuses que tu plantes sur ma route.

Le pari d’Alexandre, agriculteur mutin

J’ai quitté, au moins temporairement, un travail stable et un généreux salaire pour aller voir ailleurs si j’y suis. L’appel des champs s’est fait sentir à cause d’un besoin urgent d’aller jouer dehors, de mettre les mains à la pâte, d’accomplir quelque chose qui fasse sens à mes yeux. Pour mon premier stage je pensais participer aux activités quotidiennes d’une ferme maraîchère bio, quelque part en milieu rural.

Frère et soeur Tamworth – quelques mois

Je ne pensais pas m’enthousiasmer autant devant le travail fouisseur de cochons grognons – moi qui préfère nettement le sauté d’épinards aux tranches de bacon. Je ne pensais pas non plus chauffer une pelle mécanique, creuser des trous et planter des poteaux. Je croyais encore moins avoir l’opportunité de participer, même très modestement, à la progression d’un idéal de vie.

Au cours des derniers jours, j’ai respiré l’air frais qui souffle sur cette ferme urbaine. Un vent de changement aux parfums tièdes de bois raméal fragmenté et d’humus forestiers. Bienvenue à Terre d’abondance, une petite exploitation qui devrait démontrer avant longtemps que l’agriculture naturelle, vivace, pratiquée à l’échelle humaine peut être parfaitement rentable au Québec. Et plus encore.

Laisser faire, ou presque

Située à quelques enjambées seulement de l’université de Sherbrooke, la ferme s’étend sur un grand rectangle de 20 acres. Alexandre Dagenais mène les travaux de la pépinière de vivaces, une part importante des activités de l’exploitation. Copropriétaire et technicien horticole de formation, il s’est lancé dans l’aventure il y a quatre ans avec sa conjointe Marie-Noël de la Bruère, qui enrichit l’entreprise par son expertise en herboristerie.

Alexandre est surtout un omnipraticien de l’aménagement paysager, qu’il exerce depuis une quinzaine d’années, et un producteur horticole autodidacte, se nourrissant d’abord des idées de Fukuoka. Agriculteur et scientifique japonais, Masanobu Fukuoka a forgé les principes de l’agriculture naturelle, une culture du laisser-aller quasi total excluant labours, engrais, sarclage et pesticides. Il mise plutôt sur l’extraordinaire complexité des organismes vivants formant les écosystèmes, qu’il imite dans sa pratique. Les méthodes culturales de Fukuoka ont pour effet d’alimenter le sol plutôt que de l’appauvrir. Sans apport extérieur, les rendements se révèlent bien souvent supérieurs à ceux obtenus en agriculture conventionnelle. Fukuoka répandait de la paille sur tout ce qu’il faisait pousser, geste salutaire pour la fertilité, l’irrigation, la germination et la protection des sols contre les agresseurs.

stophaire

Le strophaire est un champignon comestible qui pousse naturellement dans le bois raméal fragmenté (BRF).

Chez Terre d’abondance, la paille est remplacée par le paillis de BRF. Pour le reste, la philosophie Fukuoka est appliquée dans son ensemble avec une dose de gros bon sens et des apports, ici et là, d’une science non interventionniste. « Une fois que mes plants sont en sol, je n’arrose plus, explique Alexandre. Le temps que je gagne est investi ailleurs. » Ailleurs que dans l’entretien d’une machinerie agricole lourde, et bien plus dans des projets de développement de la ferme, qui se multiplient presque aussi vite que les bactéries du sol. Un projet phare de l’exploitation est de démontrer, dans un futur proche, qu’on peut très bien faire ses frais en collaborant avec la nature.

« Fukuoka affirmait que le but de l’agriculture, c’est l’accomplissement des êtres humains. C’est aussi ce que je pense. »

Cultures en chantier

Marcher sur cette Terre d’abondance, c’est mettre les pieds dans un chantier en construction de cultures, une destination à des années-lumière de la scène agricole conventionnelle. Ici, pas de planches rectangulaires bien découpées, ni de corvées d’arrachage de mauvaises herbes. Les mauvaises herbes ne poussent pas tellement dans l’univers d’Alexandre. «La diversité est la base de mes systèmes de culture, tous les végétaux ont leur utilité. On peut optimiser l’usage des sols et implanter, dans une même zone, plusieurs espèces utiles, nourricières, médicinales. En densité adéquate, elles compétitionnent les végétaux qu’on ne souhaite pas avoir.»

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Plants de fraisiers alpins, sur buttes, et plantes médicinales : pensée sauvage, agastache.

Pas de planches, mais des zones d’aménagement montées en buttes permanentes. C’est ici qu’il faut parler machinerie, puisque la construction de buttes géantes nécessite des quantités appréciables de matières. «Tout agriculteur devrait avoir sa pelle mécanique!, dit l’expert en aménagement paysager. Le montage des grosses buttes, du moins, nécessite le recours à la pelle; sa masse est mieux répartie, moins dommageable pour la structure des sols que celle du tracteur.» Ceci dit, la ferme utilise le tracteur pour toutes sortes d’autres tâches qui n’entraînent pas, ou peu, le passage en zones de culture. Aux deux machines s’ajoute une impressionnante collection d’outils «à bras» accumulés au fil des ans, comme autant de possibilités de travailler le sol sans déconstruire sa structure ou faire fuir les faunes utiles qui l’habitent. Ces lignes directrices trouvent écho dans les principes de permaculture, qui guident les aménagements de la ferme.

Chou cambre

Chou crambe (Crambe maritima)

BRF nourricier

Arbres, arbustes et herbacées sont implantés sur des buttes construites à partir de vieux troncs de feuillus, de compost vivant ainsi que de bois raméal fragmenté (BRF) fabriqués à la ferme. Une méthode qui vise à copier la construction naturelle des sols humiques forestiers et qu’Alexandre a intégrée auprès de Jacques Hébert, précurseur dans la fabrication et l’usage du BRF en horticulture. Les jeunes branches de feuillus fraîchement coupées sont fragmentées et ajoutées en paillis. Au contact du sol, le mélange contribue à nourrir la microfaune qui active la dégradation de la matière. «C’est pas juste des chips de bois!, souligne l’agriculteur qui a du mal à comprendre que l’usage du BRF ne soit pas davantage répandu en agriculture. C’est de la matière vivante recyclée et retournée à la terre!» Le BRF est produit sur la portion forestière de la ferme et incorpore de grandes quantité de bois déposées régulièrement par des émondeurs de la ville.

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Fruits du paw paw (Asimina triloba)

La pépinière comporte plus d’une centaine d’espèces, sélectionnées pour leurs usages multiples : fixatrices d’azote, médicinales, légumes vivaces, arbres à noix, fruitiers, nourriciers, aromatiques, ornementales. Pas de plantes annuelles dans les inventaires, mais des dizaines de vivaces rares ou méconnues. Le coin des fruitiers, notamment, est rempli de promesses : poirier asiatique, kiwi, fraisier alpin, cerisier-prunier «chum» ou encore le paw paw, un petit arbre. Bien à point, l’étrange fruit vert du paw paw aurait un goût de banane, mangue et ananas. Son feuillage lui donne des allures tropicales mais le paw paw est bel et bien une espèce indigène d’Amérique du Nord, implantée au Québec, comme une bonne partie des végétaux cultivés sur la terre.

Trop court passage

Ces derniers jours, j’ai participé notamment à la plantation d’une partie du verger : bleuetiers, framboisiers, vignes, et pommiers côtoient maintenant des schisandra, paw paw et faux-indigo (Amorpha). Le faux-indigo est un joli arbrisseau à épis pourpre, mellifère et bon compagnon, fixateur d’azote. Quelques pas plus loin, à la limite est de la terre, nous avons aussi planté des arbres à noix -dont les belles noix de coeur. Certains produiront d’ici quelques années, d’autres donneront leurs premiers fruits dans plusieurs décennies. « Mon intention est d’en faire profiter mes enfants. Ou leurs petits-enfants. S’ils le souhaitent. »

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Le verger en progression

Avec la pelle mécanique, nous avons creusé des trous -un seul pour la néophyte de la pelle que je suis!- et planté des poteaux de cèdres. Au printemps, des vignes devraient courir vers les hauteurs et, avec un peu de chance, former un plafond végétal gorgé de raisins pour la table. La terre est patiente, mais la stagiaire que je suis l’est moins; j’aimerais bien être un oiseau pour voir comment ces plantations se comporteront l’été venu.

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D’ici là, poules et cochons poursuivront leur travail de fouisseurs et gratteurs, préparant des portions de terre pour des cultures à venir. «J’aime les animaux. Je leur offre un milieu de vie agréable en échange de « travaux légers » qui, autrement seraient faits par des machines.»

Pour les cochons, le fermier a préféré une fratrie Tamworth, une race rustique en déclin…. mise de côté par l’industrie pour son incapacité à s’adapter aux systèmes de production intensifs. Le Tamworth est pourtant bien adapté à l’élevage en plein air. L’enclos est pensé de manière être déplacé facilement, en moyenne une fois par semaine, afin de permettre aux cochons rouquins de travailler un maximum de surface. Même chose pour les poules et les coqs chanteurs, qui fournissent par ailleurs oeufs et viande.

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Surface en friche travaillée par les cochons

Et la fabrication du compost? Celle du thé de compost? Le pré-compost de BRF? Les compagnonnages efficaces? Au sujet des semences enrobées? Et l’importance du design? Et puis et puis… le temps manque et le stage est terminé.

Le pari de la paysannerie

N’empêche, moi la stagiaire qui songe sérieusement à me lancer dans l’agricole, je veux savoir si l’aventure aboutit aussi à l’accomplissement financier de l’être humain.

Au pays de Fukuoka, on ne badine pas avec le respect de la hiérarchie.

Oh! toi, maître (de stage), si l’agriculture naturelle génère l’abondance, pourquoi n’est-elle pas davantage pratiquée?

Je ne sais pas. Mais je veux démontrer qu’elle est rentable. Parce qu’elle l’est.

En 2015, les écoles d’agriculture s’intéressent encore peu ou pas du tout à l’agriculture bio. Les pratiques intensives et l’usage des pesticides sont toujours au menu de la plupart des programmes de formation au Québec. Au lendemain de la signature de l’accord de Partenariat  transpacifique -le plus important accord commercial régional de toute l’histoire, où les règles du jeu sont définies par de grandes puissances- on est encore loin de pouvoir imaginer que les pratiques agricoles paysannes puissent être valorisées par le système économique. Et soutenues par les gouvernements.

Les cochons se nourrissent de ce qui émerge du sol mais aussi des résidus de préparation d’un restaurant local.

La bataille, pour Alexandre, se joue dans sa propre cour. Des fermiers du monde mettent en application une agriculture à échelle humaine, issue de savoirs anciens, proportionnellement plus productive que les pratiques conventionnelles, sans même parler des impacts sur l’environnement. Le défi n’est plus de définir ce qui fonctionne. Depuis 60 ans l’agriculture conventionnelle cherche à prouver l’efficacité des extrants mécaniques et chimiques, alors que l’agriculture naturelle est pratiquée efficacement depuis des millénaires. Les preuves ne sont plus à faire; il faut expliquer pourquoi et comment elle est efficace.

-Mon agriculture, c’est un mode de vie basé sur la diversité. Lorsque le verger aura évolué, que des fruits seront mûrs, les gens pourront venir voir et constater ce que nous pratiquons. Les écoles ne suivent pas? Moi je peux répondre à toutes les questions, je suis même prêt à ouvrir mes livres.

C’est en forgeant…

On connaît le dicton : c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Bref, c’est en pratiquant que le « métier rentre ». Et pour les apprentis agriculteurs dont je suis, l’automne est une période formatée pour l’apprentissage. Avec mes camarades de classe, je suis appelée à participer aux récoltes de plusieurs producteurs de la région. Personnellement, j’ajouterais que c’est en déracinant de la bardane qu’on apprend à redoubler de vigilance lors de travaux en champs. Particulièrement avec les outils forgés par ledit forgeron…

Ma pelle était pourtant minutieuse, patiente autour des profondes racines, cherchant à épargner les pointes. Lorsque la bardane abandonna enfin ses derniers attachements au sol, après de longs et lents efforts, ma pelle et moi avons été éjectées du plancher des vaches à une vitesse surprenante. Victime, de tout mon être et de tout mon long, de la cruelle loi universelle de la gravitation, j’ai vu, à l’arrivée, un manche de fourche en métal de très très près. Ensuite, ça a fait très très mal.

… qu’on apprend à ralentir

Le temps d'une pause au thé vert d'argousier : parfumé juste ce qu'il faut

Pause au thé vert d’argousier : parfumé juste ce qu’il faut

Chaque jour, 225 Québécois se blessent au boulot, tous secteurs professionnels confondus. En 2014, ce sont 57 personnes qui ont perdu la vie en pratiquant leur profession. Les emplois agricoles comptent parmi les plus risqués : manutention de charges lourdes, postures de travail inconfortables, expositions aux vibrations, conduite de machinerie agricole, horaires atypiques, conditions climatiques extrêmes (chaleur, froid, vent), exposition aux ultra-violets, usage de pesticides, etc. Les accidents de travail y sont parmi les plus nombreux.

De tous les accidents qui surviennent en milieu agricole chaque année, une centaine sont attribuables aux chutes. Elles représentent 9% de l’ensemble des accidents comptabilisés par la CSST en agriculture et contribuent à accroître le nombre de troubles musculo-squelettiques chez les agriculteurs. Troubles qui représentent la grande majorité des maladies professionnelles liées au domaine.

Mon accident de pelle-bardane-fourche est une bête illustration de cette criante réalité des producteurs agricoles.

Loin de me douter que je me retrouverais sur le carreau avec, pour seuls outils de travail, mes bras et ma pelle, je prends conscience aujourd’hui de la portée de l’expression « on n’est jamais trop prudent », portée au moins aussi profonde que les racines de bardane.  Personnellement je m’en suis pas trop mal sortie, avec une légère commotion cérébrale, un oeil au beurre noir et quelques côtes déplacées, ainsi qu’ une première semaine de stage plutôt abrégée. Et surtout, surtout, je m’en sors avec une bonne frousse, une crainte qui devrait me suivre longtemps, me rappelant à chaque coup de pelle -ou de fourche- qu’il peut être utile de prendre quelques instants de plus, parfois, pour dégager le plan de travail de tout objet contondant et inutile à la tâche.

Récolte de patates Finger

Récolte de patates Finger

…et qu’on partage la flamme des producteurs

Apprentie productrice que je suis, donc, c’est pour moi un réel plaisir de prêter main-forte aux producteurs en manque de bras. Je découvre aussi la chance que nous avons, en tant qu’élèves, d’accéder ainsi aux réflexions et trucs en tout genre des artisans agricoles. Ceux que nous rencontrons ouvrent grandes leurs portes et n’hésitent pas à partager leurs façons de faire, convaincus, je crois, que le partage des savoirs est un moyen des plus efficaces pour inoculer une relève durable dans les fermes et dans les champs.

Céline Bellehumeur, propriétaire des Jardins Hatley

Céline Bellehumeur, propriétaire des Jardins Hatley

Parlez-en à Céline Bellehumeur, productrice d’argousiers et propriétaire des Jardins de Hatley. Au fil de lectures faites en 2001, elle tombe littéralement en amour avec cet étrange arbrisseau aussi appelé « olivier de Sibérie ». Deux ans plus tard, elle se lançait dans une production qui compte aujourd’hui 5000 argousiers.

récolte argousier

Récolte de baies d’argousier – Jardins Hatley

« L’argousier est une bombe de santé, répète-t-elle. Les baies orangées sont remplies de minéraux et d’omégas, c’est un des aliments les plus riches et complets qui soit. Toutes les parties du plant ont leurs propriétés », continue-t-elle en élaborant sur les bienfaits du thé vert d’argousier, qui la guérit de ses propres maux d’estomac.

Pionnière de la production d’argousier au Québec, Céline Bellehumeur sait ce que cela signifie que de défricher un territoire inconnu et souhaite que les producteurs suivants puissent bénéficier du chemin parcouru.

Houblons Canton

Sur la ferme Houblons du Canton

Même chose pour Réjean Fortin, producteur de houblon à quelques pas de la plantation de Céline Bellehumeur. Ancien chimiste chercheur pour l’industrie pharmaceutique, Réjean Fortin  développe des produits uniques qui répondent aux besoins des microbrasseurs amateurs, notamment. Rappelons que le houblon est une cannabinacée grimpante cultivée pour ses fleurs en cônes qui parfument la bière.

Conditionnement du houblon - Houblons du Canton

Conditionnement du houblon – Houblons du Canton

Patenteux et fin bricoleur, Réjean Fortin met au point des méthodes de séchage et de conditionnement qui emprisonnent les arômes délicats du houblon : poudre, granules, rondelles emballées sous-vide, etc. « L’industrie est jeune, dit-il, il y a place à toute la créativité possible pour exploiter les multiples caractéristiques du houblon. » Avis aux intéressés : il n’y a pas que la bière dans la vie du houblon…

 

 

 

 

Le zucchini, c’est bien meilleur le matin

On dit que la nécessité est la mère de l’invention. Depuis que je fais mon potager, j’arrive à la conclusion que l’invention a certainement une deuxième mère :  l’abondance. Quand elle se pointe, l’abondance, il faut la gérer. Sinon, c’est gaspillage de temps et de ressources infinies.

Ce joufflu de beau zucchini prospère encore et toujours dans mon potager cet été. Et ça n’est pas n’importe lequel : le zucchini Jewel Green, dont le profil s’apparente davantage à celui de la poire qu’à celui de la fine et longue courgette. Une belle courge d’été développée en Corée du Nord pour la culture en serre d’hiver.  Le Jewel Green tolère bien les faibles températures et le peu de lumière.

Autrement dit : mes zucchinis poussent plus vite que je peux en manger et je m’attelle à trouver des façons autres de les honorer, mis à part les courgettes gratinées ou les pâtes aux légumes grillés.

Zucchini « Jewel Green » à gros propotin.

Alors si comme moi vous adorez les courges mais aspirez à casser la routine, voici deux recettes simples que j’ai concoctées au fil des années. Elles font généralement de beaux succès culinaires, auprès des petits comme des grands.

Oeufs brouillés au zucchini

3-4 oeufs
1/2 tasse de zucchini râpé
Une gousse d’ail
Herbes salées du St-Laurent
Huile d’olive
Eau bouillante
Fromage au goût

Battre les oeufs et incorporer 2 à 3 cuillères à table d’eau bouillante. Assaisonnez au goût avec les herbes salées. Mettre de côté et faire revenir l’ail et le zucchini râpé dans la poêle chauffée avec l’huile d’olive. Quand les légumes commencent à caraméliser, ajoutez le mélange d’oeufs. Racler doucement le mélange avec une spatule de bois jusqu’à ce que le mélange épaississe mais reste un peu baveux. Ajouter du fromage si désiré.

Muffins au zucchini et fleur d’oranger

1 1/2  tasse de farine de blé entier
1 c. à thé de poudre à pâte sans alun
1/2 c. à thé de bicarbonate de soude
1/4 c. à thé de sel marin
1/2 tasse de noix au goût
1 tasse de zucchini râpé
1/2 tasse de banane en purée
2 œufs battus
1/4 tasse de miel
1/2 tasse d’huile de tournesol
1 c. à thé de jus de citron
1 c. à soupe d’eau de fleur d’oranger

Mélangez les ingrédients secs et les noix. Dans un autre récipient mélangez le reste des ingrédients liquides. Incorporez le mélange des liquides avec le mélange sec, d’un seul coup, et brasser pour bien humecter, sans plus. Mettre dans les moules à muffins. Cuire au four à 400 degrés F de 15 à 20 minutes. Se congèlent très bien.

Bon appétit!

 

 

Les filles et les tracteurs

Pour commencer, on va se dire les affaires de la vraie vie : les tracteurs, c’est une affaire de gars.

C’est un fait observable et mesurable partout sur la planète : les engins à moteur intéressent principalement les hommes. Le sexe masculin a toujours monopolisé la sphère «tracteurienne», s’accaparant du même coup une portion essentielle des activités agricoles. Les femmes, pour leur part, travaillant dans les champs et assumant silencieusement le vaste domaine domestique.

Je parie que, dans un futur pas si lointain, les livres d’histoire du Québec écrirons, dans la première partie du chapitre portant sur l’agriculture : «Il en fut ainsi des rôles respectifs des hommes et des femmes en agriculture, jusqu’aux années 2010.»

Un monde -et des sièges- à repenser

Parmi les 35 compétences à acquérir pour décrocher mon diplôme d’études professionnelles, il y a la maîtrise des bases de la mécanique, de la soudure, le montage de serres, l’entretien de bâtiments de ferme et, bien sûr, la conduite et l’entretien de tracteurs. Une fois par semaine, mon petit groupe et moi-même nous retrouvons dans le grand garage pour notre cours de tracteurs, toutes catégories et grosseurs confondues.

Cours de conduite de tracteur.

Cours de conduite de tracteur.

Lors du dernier cours, j’ai interpellé l’enseignant : malgré ma bonne volonté, je n’arrivais pas à ajuster «à ma mesure» le siège de l’un ou l’autre des tracteurs disponibles.

-Je suis plutôt petite.

-Tu n’es pas petite, répond l’enseignant. Tu es une personne de taille normale. Ce sont les tracteurs qui ne sont pas adaptés.

Enseignant en production horticole depuis plusieurs années, Renaud-Pierre Boucher pense que les fabricants de tracteurs auraient tout intérêt à adapter leurs produits – dont leurs sièges- aux profils physiques des femmes, généralement plus menus que leurs collègues masculins. La culture agricole québécoise, dit-il, s’apprête à vivre de grands bouleversements.

Femmes effectuant des travaux agricoles. Abitibi, 1935.

Femmes effectuant des travaux agricoles. Abitibi, 1935.

-Nos classes comptent de plus en plus de filles. Même en production animale, elles forment 50% des inscrits. L’agriculture manque de relève et les femmes souhaitent être au rendez-vous. Pourtant, certaines élèves n’ont toujours pas le droit de conduire les tracteurs sur la ferme familiale qu’elle s’apprête à reprendre, même si elles sont majeures et vaccinées. Le père ne veut pas. Ces hommes n’ont pas le choix de changer.

Devant les performances académiques des hommes, qui sont significativement inférieures à celles femmes, Renaud-Pierre s’efforce de conscientiser les mâles.

-Je dis aux jeunes hommes qui sont devant moi : «Déniaisez-vous! Vous êtes dans votre zone de confort mais bientôt les filles vont gérer les fermes du Québec. Ne dites pas ensuite que vous n’avez rien vu venir!»

De toutes les filles qui partagent les bancs d’école avec moi, aucune n’a l’intention de faire un X sur un emploi ou quelque projet de ferme que ce soit qui exigerait d’opérer de la machinerie agricole, toutes catégories et grosseurs confondues.

Parce que nous, les tracteurs, ça nous fait pas peur.

Marilyn, camarade de classe, en plein contrôle de son volant.

Savez-vous récolter des choux?

Certains ont des cours de conduite automobile, d’autres prennent des cours de salsa. Moi, c’est les cours de récolte. Je n’étais pas consciente, je crois, que cela s’enseignait. Or il y a matière à disserter pour chacun des légumes et autres végétaux produits. Les critères d’une récolte efficace et optimale concernent tous, de près ou loin, la capacité de la plante à «demeurer vivante» une fois séparée de ses racines nourricières.  C’est à travers cet objectif général que les producteurs décident du moment de la récolte. Il faut aussi adopter une méthode de récolte, prévoir la façon de refroidir et de disposer ensuite des végétaux,  jusqu’au transport ou la vente, avec ou sans la collaboration de dame nature.

C’était donc jour de récolte. Direction : Compton, dans un grand champ de choux qui attendaient impatiemment d’être moissonnés. La chaleur forte des derniers jours a causé la rupture de plusieurs choux et il est temps pour les producteurs de cueillir les fruits de mois de travail.

Chou Farao

Chou Farao

Les choux que nous avons récoltés sont des choux d’été – j’apprends qu’il y a les choux d’été et les choux d’hiver. La différence? Les premiers se conservent quelques jours alors que les seconds, placés dans de bonnes conditions, survivent pendant des mois, soit jusqu’aux grands froids de janvier et février (la saison des soupes chaudes). En somme, le chou d’hiver est considérablement plus patient que le chou d’été, qui fut l’objet de nos travaux. Le nôtre a un nom : le chou Farao, produit en culture biologique, doux et très bon apprêté cru.

Mais qu’adviendra-t-il de ces 15 caisses (de quelques centaines de kilos chacune) de pauvres choux que nous avons arrachés de leur champ à grands coups de petites machettes, me demandez-vous? En route pour une biofermentation, en vue de produire de la choucroute. Bientôt sur vos tablettes d’épicerie.

Le vent était bon à la pause de midi.

Le vent était bon à la pause de midi.

La journée était chaude et humide et c’est avec le sourire que nous avons accueilli le vent et les nuages pour une bonne partie de la journée. L’air était bon à la pause du midi!

Beautés végétales au temps des récoltes

Clins d’oeil sur quelques-unes des magnifiques créatures végétales qui triomphent actuellement dans mon potager.

Cosmos

Cosmos bipinnatus.

Les fleurs et les herbes resplendissent !

Thé des bois, fraises alpines, pensées sauvages.

Mon objectif est d’arriver à nourrir ma famille par mes efforts horticoles.  Je souhaite aussi, quand c’est possible, puiser dans mon jardin ce qu’il faut pour soigner et prendre soin de ma meute – et de moi-même.

Corde à herbes.

Corde à herbes – avant le séchage.

Alors la semaine terminée, je récolte et fais sécher quelques plantes pour concocter des «potions» aux herbes – médicinales ou aromatiques : huiles, onguents, etc. L’hiver s’en vient!

Grandes capucines – Tropaeolum majus.

Les plantes médicinales font partie des apprentissages de mon diplôme en production horticole.

J’expérimente… À suivre!

Les vaches, les tomates et la joyeuse catapulte

Je suis catapultée.

Une «pousseuse de crayon» catapultée sur le plancher des vaches. Le vrai plancher des vaches, celui qu’elles broutent et fertilisent de leurs excréments. Un univers exotique quand je pense à celui que je connais. Je voulais changer de décor? Mission accomplie!

Je ne sais pas si vous connaissez la région de l’Estrie, plus précisément celle de Coaticook – que je fréquente maintenant comme étudiante. Si ça n’est pas le cas, sachez que ces territoires sont d’authentiques fresques agricoles. La route vers mon école, les visites de fermes, mon quotidien dans les serres et les jardins du centre de formation  offrent à mes sens moult matière à se réjouir quotidiennement. Même si nous sommes en période d’épandage du fumier dans les champs.

Les vaches

J’ai de nouvelles copines de cour d’école, parmi lesquelles quelques vaches. Chaque matin, je salue le mini troupeau de ruminantes. Ces vaches et leurs petits sont les protégés du personnel et des étudiants en production animale.  Je ne les connais pas (encore) personnellement; ce que je sais, pour l’instant, c’est qu’elles se comportent de manière particulièrement relaxe et que ça m’inspire énormément.

Les vaches dans les champs du CRIFA, mon école, à Coaticook.

Les vaches dans les champs du CRIFA, mon école, à Coaticook.

Catapultée, aussi, sur les chaises carrées des classes, que je n’avais pas revues depuis 16 bonnes années. Du temps où j’étais étudiante et que je ne savais pas ce qu’était le métier de parent; du temps où il n’y avait que moi dont il fallait prendre soin.

Parlant du métier de parent. C’était le deuxième jour de mon «coming in» scolaire, et notre première visite de ferme. Sur le chemin qui nous menait à l’Arpenteuse, j’ai eu une première jasette avec des camarades de classe. On faisait le tour des âges des uns et des autres et l’un d’entre eux m’a fait remarquer que j’étais plus vieille que ses parents. Ce qui était vrai pour d’autres également.

Je n’avais pas réalisé que j’étais la plus âgée du groupe. Ouch.

Je ne suis pas de la même génération que la majorité de mes 17 collègues de classe. Quelques-uns ont moins de 20 ans; plusieurs sont dans la vingtaine; et ceux qui figurent dans la trentaine sont comptés sur les doigts d’une main. Je savoure cette différence d’âge parce que, notamment, nous partageons le même état d’esprit face aux questions sociales que sont l’alimentation et l’exploitation des ressources naturelles : il faut agir autrement.

Avec eux, j’arrive à me faire une idée plus concrète du métier. Les visites de fermes maraîchères et les rencontres avec les producteurs finissent de me convaincre d’une chose : être fermier producteur, c’est un mode de vie. Les serres que l’on déneige pendant la nuit, les récoltes décevantes, les grêlons gros comme des balles de golf qui détruisent des mois de travail ne suffisent pas à décourager ceux pour qui l’agriculture est un parcours, pas une destination. Une manière de vivre selon des valeurs, des besoins et des convictions, un parcours qui exige des masses de connaissances et de débrouillardise. Et lorsque la récolte est au rendez-vous, c’est le savoir, l’organisation et la persévérance de ces travailleurs à tout faire qui sont saluées. Après la généreuse collaboration de mère nature, bien sûr.

Les tomates

Je n’ai jamais cotoyé autant de tomates en si peu de temps.

D’ailleurs, une bonne partie de ce que j’apprends dans mes cours d’identification végétale et de botanique – deux des 35 compétences du programme- est investie directement dans mon propre potager, qui regorge entre autres de tomates rondes… et vertes. L’automne s’approche à petits pas et, pour remplir au max nos paniers de tomates rouges et souples, il faut encourager les plants à investir les énergies qu’il leur reste dans le mûrissement des fruits. Comment?

Ce que j’ai appris, grâce à Super Andrée, notre enseignante en botanique : simplement, couper la tête des plus hautes tiges. La plante cessera la production de nouveaux tissus et se consacrera à la fructification. La procédure optimale implique aussi d’enlever les fleurs qui, vraisemblablement, ne pourront se développer adéquatement d’ici au premier gel, prévu généralement autour du 7 septembre. Les énergies devraient toutes être dirigées dans l’épanouissement des tomates. Savoureuse solanacée, cette reine des potagers québécois dont la simple pensée, l’hiver venu, aide parfois les «jardineurs» -dont je suis- à tenir jusqu’au printemps.

Vue sur un champ de la ferme-école du CIARC, à partir d'une serre remplie de plants de tomates.

Vue sur un champ de la ferme-école du CIARC, à partir d’une serre remplie de plants de tomates.

La joyeuse catapulte

 Je voulais aller jouer dehors? Je suis servie!

Des heures passées dans les champs, à discuter avec les paysans et à observer l’organisation des productions, en serres ou en sols. Des cours entrecoupés de sorties dans les jardins et potagers de l’école pour observer, identifier, dénicher des feuilles de forme oblongue (j’apprends qu’il y a plus de 20 façons de décrire la forme d’une feuille végétale) ou des tiges de type acaule (des plantes qui, justement, n’ont pas de tige, autre partie de la plante elle-même divisée en six parties). Ou encore, une toute première balade en tracteur sous un soleil de canicule, expérience quelque peu redoutée du fait que dans ta famille, un tracteur, traditionnellement, ça se chauffe par des gars et qu’il n’y a pas trop de temps à perdre à montrer à une fille comment on chauffe ça.

Je suis très attentive dans mes cours de conduite et d’entretien mécanique de tracteurs. Pour la première fois nous avons sorti des tracteurs du garage pour des exercices dans la cour derrière le pavillon. Les quatre conducteurs volontaires pour mener les tracteurs jusqu’au terrain étaient tous des garçons. Après le cours, quand fut le temps de rentrer les tracteurs au garage et de les garer à reculons, au milieu des 10 autres tracteurs et véhicules de toutes tailles, trois conducteurs volontaires sur quatre étaient des filles. Photos à venir. J’ai déjà hâte à mon cours de soudure.

Joyeusement et de mon plein gré d’adulte consentante, je suis catapultée dans la peau d’une apprentie agricultrice, le temps d’une année complète de production. Je ne sais pas où j’atterrirai, mais mon petit doigt me dit que ce devrait être quelque part pas trop loin des champs.

Mon aventure agricole

Hein? Tu vas faire quoi?

Quand je raconte ce que je fais pendant mon congé sabbatique, plusieurs personnes réagissent comme si elles avaient manqué un bout de mon histoire. Alors je reprends mes explications et je hausse un peu la voix pour être certaine, cette fois, qu’elles m’aient bien entendue.

Je retourne à l’école.

-Ah bon? Tu vas faire ton doctorat?

Non. Je fais une formation professionnelle. Un DEP en production horticole. Pendant un an. Toute mon année sabbatique.

Hum! Tu changes de carrière?

-Non. Sais pas. Je prends le champ.

Oui, je prends le champ. Au propre comme au figuré.

Je veux utiliser mes bras

Depuis toujours, je travaille avec les mots. Les mots rédigés, les mots parlés, les mots imprimés, les mots enregistrés, les mots diffusés. Le temps passe et puis, petit à petit, les mots se répètent. Après 10 années passées dans le monde des communications institutionnelles, je suis fatiguée. Fatiguée de faire jongler mes neurones avec des concepts et des idées, dont les produits seront d’autres réalisations abstraites, productions dont l’existence reposera entièrement sur la réalité du virtuel. Fatiguée de rouler, chaque matin, vers cette boîte rectangulaire dans laquelle je vais m’asseoir et passer les sept prochaines heures à revivre, grosso modo, les mêmes situations. Je veux pouvoir poser mon regard plus loin que les 30 cm qui me séparent de l’univers communicationnel contenu dans cet écran (de fumée?) que je scrute toute la journée. Me demandant lequel, de l’humain ou de la machine, mon travail contribue au développement.

Vivement que je décolle de cet ordinateur. J’ai besoin de m’étirer, de déplier mes poumons recroquevillés, de reposer mon cou. Un besoin d’autant plus urgent que le seul fait de poser mon arrière-train sur une chaise pendant sept heures est rigoureusement aussi néfaste pour la santé que l’usage quotidien de l’alcool et du tabac.

Je veux utiliser mes bras. Produire quelque chose de concret. Quelque chose que je pourrai tenir entre mes mains, comme le fruit de ma vaillance à l’ouvrage, produit que je pourrai humer et partager.

La quarantaine bien entamée, au mi-temps de mon existence, je n’ai aucune envie de demeurer assise le reste de ma toujours plus courte vie professionnelle. Comme une urgente envie d’aller ressentir le plancher des vaches. «Ma grande, je me suis dit, change de décor. Va jouer un peu dehors.»

-Pourquoi l’horticulture?

D’abord il y a le silence. La délicatesse, l’apparente lenteur du règne végétal. Lorsque, après la pluie, je plonge mes mains nues dans la terre de mon potager et que je me remplis des parfums de l’air mouillé, quelque chose en moi se calme. On dirait que mes mouvements s’accordent au rythme des plantes qui s’élèvent. Lorsque je vois que l’une d’entre elles, que j’ai vue germer et naître, arrive à rester debout et à ne pas rompre devant la pluie et les vents, je comprends que j’y arriverai aussi. Je crois que mon jardin prend soin de moi autant que je le fais pour lui. Parmi les buttes de terre et le chant des oiseaux, penchée à quelques centimètres au-dessus du sol, j’arrive parfois à un état méditatif tel que j’en oublie le repas à préparer, ce que mes deux fils ne cessent pourtant de me rappeler.

-Maman! J’ai faim!

Manger. Un besoin vital, un geste qui pourrait être banal s’il n’engendrait pas autant de malaises et de contradictions dans mon quotidien, particulièrement depuis que je suis maman. C’est aussi pour répondre au souhait de mieux nourrir ma famille et pour alléger mes préoccupations alimentaires que j’entreprends mon aventure agricole : à terme, j’aimerais produire ma propre nourriture, mes propres végétaux, du moins ceux que j’arriverai à cultiver chez moi. Cela est le sujet d’une prochaine chronique, car c’est une histoire en soi!

Pour l’instant disons simplement que j’observe un mouvement d’hommes et de femmes qui, tout comme moi, ressentent concrètement, quotidiennement ce lien rompu avec la nature, et qui souhaitent mettre en place des systèmes qui soient plus près de leurs besoins et de leur environnement naturel. Fondamentale dans notre société, dans notre économie et notre environnement, la scène agricole se transforme, un geste à la fois, par ces personnes déterminées à donner du sens au travail qu’elles exercent et à la nourriture dont elles se nourrissent. Pour répondre à la demande toujours grandissante de produits bios et locaux, notamment, de petits producteurs, seuls ou en groupes, font émerger 1000 alternatives aux modèles existants : agriculture urbaine, agriculture soutenue par la communauté, agriculture de proximité, agriculture de petite surface, agriculture permaculturelle, etc. En cette ère internationale d’austérité et du tout à l’économie, il n’est pas question que je reste assise à l’intérieur, près de ma fenêtre, pendant qu’à l’extérieur, dans les champs et dans les villes, une véritable révolution prend racine.

Voilà en partie ce qui explique que je me retrouve dans les champs. Cette aventure, ces apprentissages horticoles, je les vivrai aussi avec mes yeux et mes oreilles de journaliste, avec la complicité de mon amie Josée, illustratrice. En compagnie des autres inscrits au programme -des individus de tous âges et de tous horizons- j’apprendrai à identifier les végétaux et leurs maladies, à conduire un tracteur, à gérer du fumier et des engrais. Les mains dans la terre, je passerai de longues heures dans les serres et la ferme de l’école. À travers mes stages, je rencontrerai des acteurs de cette «révolution arable», des gens imaginatifs, passionnés, et je témoignerai de leurs réalités. Il y aura des moments de découragement, des questionnements, je ferai des gaffes. Bien ancrée sur le plancher des vaches, je vivrai l’aventure et apprendrai mille et une choses que je partagerai sur ce blogue.

Envie de prendre les champs avec moi?

 

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